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Publié le 22 Mars 2017

Images issues de : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mésoamérique

Images issues de : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mésoamérique

La Mésoamérique est une notion qui a été proposée par Paul Kirchhoff, ethno-historien, en 1943, pour définir l'Amérique centrale à l'époque précolombienne. Il en propose la définition suivante : «il s'agit d'une aire culturelle où il existe une certaine communauté à l'intérieur de différences ethniques». Cette définition se base sur une liste définie par Kirchhoff, composée de 90 traits caractéristiques définissant les cultures préhispaniques au moment de la conquête. Ces traits ont été définis par des études linguistiques, archéologiques et ethnographiques. La suite de son raisonnement se fait par une méthode de présence/absence, la présence ou absence de ces traits lui permettant de définir une aire culturelle, en l'occurrence la  Mésoamérique.

            La Mésoamérique correspond aujourd'hui à l'Amérique centrale et comprend donc la moitié sud du Mexique, le Guatemala, le Salvador, le Belize, l'ouest du  Honduras et une partie du Nicaragua et du Costa Rica. Sur les 90 traits composant la liste, 40 sont uniquement présents en Mésoamérique, par exemple :

  • la présence de terrains de jeu de balles
  • architecture et sculpture monumentale
  • industrie et artisanat lithique dont des lames en obsidienne
  • l'auto-sacrifice
  • le cacao et son importance économique
  • écriture et calendrier (glyphes calendaires)

 

            La Mésoamérique se définit aussi par des traits qu'elle partage avec d'autres aires de l'Amérique telle la culture du maïs. Enfin, des traits absents permettent également de la définir, en opposition avec d'autres aires, telle la culture de la coca, qui n'existe pas en Mésoamérique mais est attestée en Amérique du  Sud.

 

Un découpage en régions

            Cette aire chrono-culturelle peut se diviser par cultures mais aussi par régions (que l'on peut définir comme des zones comportant plusieurs civilisations se succédant chronologiquement ou appartenant à la même période), comme nous pouvons l'observer sur la carte ci-dessous.

L'Amérique centrale à l'époque précolombienne : le concept de «Mésoamérique» par Juliette PAGEAU

Une aire culturelle ayant abrité de multiples sociétés

            La Mésoamérique correspond donc à une aire culturelle précolombienne et a abrité des sociétés diverses, elle ne correspond donc pas à une unique culture mais à un ensemble de cultures variées. Parmi ces sociétés, pour ne citer que les plus connues, on trouve :

  • Les Olmèques, culture d'abord considérée comme mère de toutes les autres civilisations mésoaméricaines, aujourd'hui plutôt perçue comme leur sœur. Elle est la plus ancienne des grandes civilisations de la Mésoamérique puisqu'elle a été datée de 1200 à 500 BC (i.e. Before Christ). Cette civilisation est notamment connue pour ses sculptures monumentales en basalte dispersées au quatre coins du territoire olmèque. Un site archéologique connu appartenant à cette culture est notamment Tres Zapotes.
  • Les Mayas, localisés dans toute la partie Est de la  Mésoamérique, c'est-à-dire au niveau du Guatemala, du Yucatan, du Quintana Roo, du Campeche et du Chiapas toutes quatre régions mexicaines, du Belize et enfin une partie du Salvador et du Honduras. Les Mayas ont parmi la plus longue occupation précolombienne, de 1000 BC à 900 AD (i.e. apr. JC) et correspondent d'avantage à une multitude de royaumes unis par un système de croyances, une organisation sociale et d'autres caractéristiques similaires, qu'à une civilisation unie et homogène. Plusieurs sites archéologiques connus appartiennent à la culture maya, tel Tikal.
  • Les Toltèques, civilisation mexicaine apparue à la période Post-classique (Post-classique = 900/1000 de notre ère jusqu'à la conquête). Cette société est issue d'un syncrétisme entre tribus nomades originaires des régions au Nord de la Mésoamérique et groupes sédentaires locaux. Les Aztèques, culture plus tardive, considéraient ces derniers comme leurs ancêtres. Leur capitule faut Tula.
  • Les Aztèques, également appelés «Mexica» (prononcer «Mechica»), culture très largement documentée par les colons car existait encore au moment de la conquête, à l'inverse d'autres sociétés tels les Olmèques. Sont la plus grande puissance militaire de l'époque Post-Classique, éternellement en guerre avec le royaume Tarasque. Ils se revendiquent les descendants des Chichimèques et Toltèques, ils ont pour capitale Tenochtitlan, qui se situe sur le lac Texcoco.
  • Les Tarasques, culture, également rencontrée par les colons, ils correspondent à la seconde plus grande puissance militaire du Post-classique après les Aztèques. La capitale tarasque était Tzintzuntzan dans la région du Michoacan (Mexique). Ils sont connus, entre autres, pour leur grande habilité technique.
  • Les Zapotèques sont une culture s'étant établie et développée dans la vallée de Oaxaca. Un site archéologique connu pour présenter des vestiges de cette culture est notamment Monte Alban. Cette culture est la plus importante de la vallée de Oaxaca. Ils sont entre autre connus pour avoir développé un système d'écriture dit logosyllabique.

 

La remise en cause du concept de Mésoamérique

            Depuis quelques années, le concept de Mésoamérique est très largement remis en cause bien que toujours utilisé car il représente un outil méthodologique efficace. Une des principales remises en question qu'il subit porte sur ces limites géographiques. En effet, il semblerait que les frontières de ce territoire aient beaucoup fluctué au cours du temps, notamment pour la frontière nord.

 

Pour approfondir :

  • E. TALADOIRE et P. LECOQ. Les civilisations précolombiennes : «Que sais-je?» n° 567, 2016, Henri Lehmann

PAGEAU J., L'Amérique centrale à l'époque précolombienne : le concept de «Mésoamérique» 2017

Pour citer cet article : PAGEAU J., L'Amérique centrale à l'époque précolombienne : le concept de «Mésoamérique» 2017 in www.sat77-archeologie.com/

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Rédigé par Juliette PAGEAU

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Publié le 22 Février 2017

Juliette Pageau, membre de la S.A.T. depuis trois ans, après une expérience sur le chantier de la Fontaine aux Moines à Touquin, a participé l'été dernier à une fouille sur le sanctuaire de Pachacamac à Lima, au Pérou.

Étudiante en Master Master "Archéologie et Sciences pour l'Archéologie" à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, elle souhaite se spécialiser en archéologie américaniste mayaniste.

oOo

            Le Mirador Basin Project est un projet pluridisciplinaire ayant pour but d'étudier une aire du Guatemala quasiment inexplorée au sein d'une forêt vierge : le bassin du Mirador, dans la région du Petén. Du point de vue de l'archéologie, cette région appartient à l'aire maya, les vestiges étudiés appartiennent donc à la culture maya. Ce projet a été initié en 1988 sous le nom de RAINPEG Project avant de prendre le nom que nous lui connaissons. Il a été réalisé avec l'Institut d'Histoire et d'Anthropologie du Guatemala (IDAEH), le Ministère de la Culture et des Sports du Guatemala, l'institut du tourisme au Guatemala (INGUAT),  le conseil national des sites protégés, le président de la République du Guatemala et de nombreuses autres institutions, notamment les universités et associations. Le directeur de ce projet est Richard Hansen, archéologue américaniste de spécialité mayaniste, pour accéder à plus de détails sur sa formation et son CV je vous invite à regarder sa page sur le site du projet, dont voici le lien : https://www.miradorbasin.com/about/rhansen.php.

            Les études menées pendant le projet portent tant sur les vestiges archéologiques que sur la faune et la flore actuelles de la forêt. En parallèle des études scientifiques, des programmes d'éducation sont dispensés aux populations locales et notamment aux ouvriers participant au projet. Le Mirador Basin Project est un des plus vastes projets pluridisciplinaires au monde et a permis l'acquisition d'un grand nombre de données sur les civilisations Mayas de l'époque Préclassique, ainsi que sur la biodiversité de la forêt amazonienne. Enfin, il a permis la création de plusieurs emplois ce qui en fait une véritable médium de développement pour la région qui l'abrite.

            Cet article a pour but de promouvoir une méthodologie archéologique basée sur la pluridisciplinarité en démontrant notamment qu'une telle pluridisciplinarité permet à ce genre de projet de s'imposer comme médium de développement durable pour la région qui l'abrite.

 

Présentation générale de la région

 

Carte du bassin du Mirador, issue de http://www.latinamericanstudies.org/maya-maps-3.htm

Ce projet a pour cadre géographique le bassin du Mirador, qui se situe dans le département du Petén, au Nord du Guatemala. Ce bassin se situe donc dans les basses terres mayas et se compose notamment de marécages saisonniers, il est entouré à l'ouest et au Sud par des collines de calcaire. Il forme une cuvette triangulaire de plus de 2 169 km². Il a été nommé bassin du Mirador en référence à un des plus grands sites du Préclassique maya qu'il abrite : le site d'El Mirador, on y trouve également d'autres sites appartenant au préclassique maya, les sites les plus anciens et les plus grands de cette époque, ce qui permet de poser l'hypothèse selon laquelle le bassin du Mirador pourrait être le berceau de la civilisation maya. Du point de vue climatique nous nous trouvons dans une zone tropicale et la biodiversité est très variée.

Une forte densité archéologique

Carte archéologique du Bassin du Mirador, issue de http://www.latinamericanstudies.org/maya-maps-3.htm

Carte archéologique du Bassin du Mirador, issue de http://www.latinamericanstudies.org/maya-maps-3.htm

            Comme nous le disions, cette aire géographique présente une grande richesse archéologique car elle abrite le site El Mirador ainsi que d'autres sites datant du préclassique maya : Wakna ou encore Tintal. La carte archéologique nous permet de remarquer une inhabituelle abondance de sites de grande envergure dans une zone restreinte géographiquement, ou encore une architecture publique monumentale. On observe certaines caractéristiques architecturales qui tendent à se généraliser à la fin de la période du Préclassique et à la période Classique qui lui succédera, caractéristiques que nous évoquerons plus en détail d'ici quelques lignes. Le bassin abrite également un complexe céramique qui lui est propre : le «Codex Styles ceramics», produit notamment vers Nakbe. Enfin, des études archéozoologiques sont menées sur la faune, dans le but d'identifier quelle faune était présente à l'époque, laquelle l'est encore aujourd'hui, etc.

Un projet aux objectifs variés

Le Mirador Basin Project s'articule autour de trois objectifs principaux :

1.                  Étude des origines, des processus dynamiques et de la chute de la civilisation Maya du Préclassique dans le Nord du Guatemala

2.                  Préservation de la forêt amazonienne du bassin en la faisant classer réserve naturelle, ainsi que des sites archéologiques en créant un parc archéologique.

3.                  Création de programmes d'éducation pour les populations indigènes du Guatemala

Rappel de la chronologie mésoaméricaine

            La Mésoamérique correspond à l'actuelle zone géographique de l'Amérique centrale et englobe de nombreux pays tel le Mexique, le Guatemala, le Belize, le Honduras et quelques autres. L'aire mésoaméricaine se subdivise en plusieurs périodes :

 

  1. La période Lithique, qui s'étend de l'arrivée de l'Homme en Amérique jusqu'à 8000 BC (Before Christ).
  2. La période Archaïque, de 8000 à 2000 BC.
  3. Le Préclassique, de 2000 BC à 250 de notre ère, période qui nous intéresse ici.
  4. Le Classique de 250 à 900 de notre ère (selon les auteurs, de 600 à 900 se trouve l'épiclassique).
  5. Le Post-classique de 900 jusqu'à la conquête.

            Le Préclassique débute en 2000 avant JC et se termine aux alentours de 250 de notre ère. Cette période, que l'on appelle également époque formative, se subdivise en Préclassique ancien (-2000/-1000), Préclassique moyen (-1200/-400) et Préclassique tardif ou récent (-400/+250). Cette période se caractérise notamment par une vie rurale, l'apparition d'une hiérarchie sociale et de la religion, les débuts de l'architecture monumentale et des arts mayas.

Données archéologiques recueillies

Les critères que nous venons d'évoquer s'observent très bien dans l'aire qui nous intéresse. Les archéologues ont observé la monumentalité des structures qui a nécessité tant un fort pouvoir capable d'organiser et gérer de tels travaux qu'une main d’œuvre nombreuse. Cette monumentalité architecturale s'intensifie dès 300 BC, ce qui témoigne d'un renouveau dans l'économie, le gouvernement et la religion de la région. Des caractéristiques qui perdureront dans les périodes suivantes font également leur apparition, telles les sculptures et peintures ornant les bâtiments. On observe également une tendance à l'urbanisation avec beaucoup d'habitats dans les sites eux-mêmes mais également à proximité.

Le style architectural dominant la région est le Triadic Style. Il se définit par la présence de trois structures sur une plateforme au sommet d'une pyramide, une des structures fait face aux escaliers et les deux autres se font face entre elles, comme nous pouvons l'observer ci-contre avec la pyramide d'El Tigre du site d'El Mirador.

Pyramide El Tigre, image issue de http://www.authenticmaya.com

Le bassin abrite également un complexe céramique qui lui est propre : le «Codex Styles ceramics», produit au sein même du bassin et notamment vers Nakbe. Ce complexe céramique se caractérise par de fines lignes noires sur fond crème ou blanc avec des scènes figuratives qui s'enroulent autour de la céramique et que l'on peut lire, d'où son nom. Une telle abondance de sites de cette période dans une même région est rare, et les archéologues ont beaucoup travaillé avec les conservateurs à la préservation des sites, comme nous l'observerons plus tard.

Céramique de Nakbe appartenant au "Codex Styles ceramics", issue de http://www.authenticmaya.com/nakbe1.htm

Les études des restes fauniques avaient pour but d'observer quelle faune occupait la région, s'il s'agissait des mêmes espèces que celles observées aujourd'hui. Il s'agissait également de tenter de déterminer leur alimentation ou encore leur état de santé par des études de paléopathologies.

Les études non-archéologiques

Il s'agit par exemple d'études portant sur la flore du bassin, menées par Cesar Castadena, directeur du département d'Agronomie et forestier à l'université de la Valle au Guatemala. Il a notamment travaillé sur les séquences de successions chronologiques de la flore, ainsi que sur l'identification des espèces de macro et micro flores du bassin. Il a ainsi pu mettre en évidence cinq types de flores propres à la forêt tropicale au sein du bassin.

            Ont également été menées des études d'entomologie par le biologiste Jack Schuster, directeur du service de biologie de l'université de la Valle qui a mené cette étude. Il s'agissait de mener un inventaire de toutes les espèces d'insectes du bassin, cette étude va être amenée à se développer car elle couvre un vaste domaine. Trois espèces vivant uniquement dans le bassin du Mirador ont été découvertes.

            Des études sur les mammifères ont également été menées par le zoologiste Hugo Enriquez Ortiz du Museum d'histoire naturelle de l'université de San Carlos. Son travail a commencé par des recherches et études d'ossements retrouvés lors des précédentes fouilles. L'étude de ces ossements devrait notamment fournir des informations supplémentaires sur la santé et l'alimentation des animaux au Préclassique et au Classique maya.

            Les premières études d’ornithologie ont été menées en 2008 par le laboratoire d'ornithologie de l'université Cornel. Le travail a été mené par Gregory F. Budney, Marshall J. Iliff, Christopher L. Wood et d'autres ornithologues renommés. Ils ont reconnu 184 espèces dont 156 observées à El Mirador et 158 à Tintal. 21 espèces ont été observées seulement sur le site d'El Mirador. Les chercheurs ont avancées que 325 espèces pourraient être observées dans cette zone géographique selon les moments de l'année. Deux espèces d'oiseaux ont été découvertes. Enfin, les ornithologues soulignent que les oiseaux des États-Unis, lors de leur migration pour le Sud, passent par le bassin du Mirador, ce qui souligne son importance pour la santé de ces derniers.

            D’autres études ont été menées sur la géologie ou encore la faune sauvage et plus particulièrement sur le jaguar, si vous êtes intéressé(e)s par ces dernières je vous invite à consulter le site internet du projet, dont voici le lien : https://www.miradorbasin.com/.

L'enjeu de la conservation

En 2008, le gouvernement du Guatemala a officiellement ouvert le site au public. Les visites touristiques ont permis de recruter des financements pour les travaux de restauration. C'est donc en 2008 que l'on a lancé de grands travaux de restauration. Les archéologues ont ainsi travaillé en collaboration avec les conservateurs afin de préserver et consolider au mieux les sites archéologiques de la région. On peut notamment observer ces efforts avec le cas de la structure 34 du site d'El Mirador.

Structure 34 vue du ciel et vue de dessous, photos issues de https://www.miradorbasin.comStructure 34 vue du ciel et vue de dessous, photos issues de https://www.miradorbasin.com

Structure 34 vue du ciel et vue de dessous, photos issues de https://www.miradorbasin.com

Elle a été construite au Préclassique récent, vers 200 BC. Avant le projet de consolidation, il s'agissait du plus vieux mur du site exposé au public. Ce mur a été consolidé et recouvert par une superstructure réalisée en feuille de poly-carbone conçues pour laisser respirer la structure. Les feuilles permettent notamment de laisser entrer la lumière tout en protégeant les structures des rayons ultraviolets. La séparation entre chaque feuille de poly-carbone permet de stabiliser la température et de protéger les structures de l'humidité. Les travaux de consolidation ont donné lieu à un apprentissage des techniques de consolidation de structures aux locaux dans le cadre du programme d'éducation et avant de leur permettre d'être par la suite totalement autonomes dans la gestion de leur patrimoine culturel.

Programmes éducatifs et autonomisation des locaux

Classe d'alphabétisation, image issue de https://www.miradorbasin.com

Classe d'alphabétisation, image issue de https://www.miradorbasin.com

 

            Comme nous l'évoquions précédemment, des programmes d'alphabétisation et d'éducation ont été initiés pour les populations indigènes et les ouvriers du chantier afin de leur donner les clés pour se développer seuls. L'éducation porte principalement sur l'alphabétisation : savoir lire, écrire et compter. L'objectif à terme est de donner aux populations les moyens de trouver d'autres ressources que la déforestation et de les exploiter. En sachant lire écrire et parler d'autres langues ils pourront plus facilement devenir guide touristique par exemple, ce qui leur rapporterai plus que la déforestation du bassin.

            Les classes d'alphabétisation du projet sont ouvertes depuis 1991, en 2006 les moyens accordés à ces cours ont été réévalués et augmentés. Parmi les ouvriers (220 sur le site du Mirador Basin Project, 318 sur Global Heritage Fund), 160 ont choisi de participer aux cours du soir, 23 d'entre eux ont fini le premier cycle du parcours. Des cours de mathématiques ont également été mis en place pour pouvoir gérer le budget d'une maison. D'autres domaines ont été abordés, comme l'histoire, l'écologie, l'hygiène et la santé, les financements, la photographie, l'archéologie, la botanique ou encore la biologie. De même GHF (Global Heritage Fund) a formé 60 guides et 30 gardes forestiers qui possèdent les équipements nécessaires pour stopper les feux de forêt, ou encore lutter contre le braconnage et la déforestation. Le projet en lui-même a permis la création de 318 postes.

            Le projet du bassin du Mirador est, comme vous avez pu le constater, un projet qui se distingue des autres programmes de fouille par sa pluridisciplinarité. Les études portent non seulement sur l'archéologie, mais également sur la biodiversité du bassin, notamment la faune et la flore, avec des études sur les espèces actuelles comme précolombiennes.

            Il est intéressant d'observer qu'en plus de s'ancrer dans une nouvelle façon d'étudier les civilisations du préclassique maya, ce programme présente des intérêts dans la vie des populations locales puisqu'il a permis la création de nombreux emplois, d'un programme d'éducation et des projets de parc archéologique et réserve naturelle lui sont associés, ce qui ancrerait la région dans une dynamique de Développement Durable et en ferait une région touristique, permettant une exploitation plus respectueuse de l'environnement en évitant déboisement et braconnages.

            Ce projet est donc résolument moderne et doit être pensé comme un modèle de programme pour les futures recherches archéologiques et faire de cette science une actrice du développement d'un pays.

 

Pour citer cet article : PAGEAU J., The Mirador Basin Project : présentation d'un projet de fouille modèle au Guatemala, 2017 in www.sat77-archeologie.com/

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Rédigé par Juliette PAGEAU

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Publié le 25 Juin 2015

Extrait d’une réédition de 1775 du tome 2 de l’ouvrage de Louis LIGIER d’Auxerre, Oeconomie générale de la campagne ou nouvelle maison rustique, Paris, 1700 (Transcription fidèle à l’orthographe et à la syntaxe du texte) :

‘Dans le dernier siècle, on a trouvé l’invention de faire sceller dans les murailles des os de pieds de moutons pour y palisser des arbres. Cette manière n’est pas si belle que celle qui se fait avec le clou, d’autant que ces os paraissent toujours entre les feuilles. Elle n’est pas non plus commode, parce que les os ne se trouvant pas ordinairement placés fort à propos, il faut souvent forcer les branches pour les y attacher.

Ceux qui veulent s’en servir, doivent les faire sceller de sorte qu’ils ne débordent la muraille que d’un bon pouce (1), & qu’ils soient espacés de quatre ou cinq pouces les uns des autres, afin qu’étant fort proches ils se trouvent à propos pour y attacher les branches sans les contraindre.

Cette façon de palisser a cet avantage qu’elle dure long-tems, & qu’elle n’est pas de dépense à entretenir, puisqu’il ne faut que du jonc en été, & de petits osiers en hiver pour lier les branches.

Dans les pays où les os de moutons sont rares et difficiles à amasser, on ne peut les mettre qu’à deux pieds (2) les uns des autres, & y attacher de petites baguettes en forme de treille, pour y palisser dessus ; mais en ce cas il est nécessaire qu’ils débordent la muraille de deux bons pouces, afin de pouvoir plus facilement lier les baguettes.’

1 un pouce représente environ 2,5 cm
2 un pied correspond à une trentaine de centimètres

Louis LIGIER a abondamment puisé dans un ouvrage du milieu du XVIIe siècle sur la manière de cultiver les arbres fruitiers rédigé par le curé d’Henonville en Normandie, LE GENDRE. Celui-ci écrit ‘Depuis peu d’années, on a trouvé l’invention …’

Extrait du dossier de l’Inventaire général du patrimoine culturel de MAURECOURT (Yvelines) établi en 2008 :

‘Le principe de la culture du chasselas est celui des murs à pêches de Montreuil qui remonte au début du 17e siècle : des murs recouverts de chaux qui emmagasinent la chaleur du jour pour la restituer la nuit. Devant ces murs sont palissés des ceps de vigne à différentes hauteurs. Les murs sont couverts d'un chaperon sous lequel des consoles supportent des protections en paille ou en verre. Des os de moutons scellés dans les murs permettaient d'accrocher la vigne.’

Cette culture est pratiquée sur le même modèle qu’à Thomery (Seine-et-Marne) dont les murs existent depuis les années 1730.

Sont communs dans ces extraits : la culture de fruits, le palissage, les os de moutons scellés dans la maçonnerie et le XVIIe siècle.

Ces aménagements ont fait l’objet d’une communication récente précisément à Touquin.

La commune a accueilli en effet en octobre 2012 les 12èmes Rencontres archéologique de Seine & Marne organisées par le Groupement archéologique de Seine & Marne sur le thème ‘La maison et ses dépendances à travers les âges en Seine & Marne : architecture et fonctions’.

L’intervention de Jean-Claude LE BLAY et de Mireille CASTILLE intitulée ‘Des os dans les murs’ a montré des exemples de murs à l’ouest de la France, en Île-de-France et Bourgogne portant sur des os de bovins, de moutons et plus rarement de chevaux. 

Qu’en est-il à Touquin ?

Le mur concerné se trouve actuellement à l’intérieur d’un bâtiment perpendiculaire à une rue étroite.

La lecture du bâti et notamment l’observation du chaînage en grès et de l’organisation intérieure permet de constater que la construction où sont scellés les ossements est un agrandissement d’une maison de type remise. L’adjonction se compose d’un atelier de plain-pied et d’un grenier où sont visibles les os.

Les sources historiques mobilisées : les plans de la deuxième moitié du XVIIIe siècle antérieurs à la Révolution, les plus anciennement conservés. En fonction du requérant, ils ne présentent pas tout et donc toutes les habitations n’y sont pas représentées. Certains plans sont datés de manière absolue, d’autres non. Pour la plupart d’entre eux, le commanditaire des plans est le Chapitre de Notre- Dame de Paris pour sa seigneurie de Grand-Fontaine à Touquin.

Sur l’un de ces plans, le mur est situé dans une parcelle d’un seul tenant à l’extrémité du ‘climat dit le cimetière des Huguenots’. Le cimetière est bien mentionné et il est clos.

Cette parcelle est occupée par une grande habitation dont dépendent deux à trois maisons donnant sur la voirie. L’une d’elle paraît équipée d’un four en partie arrière, côté jardin. À bien regarder les plans cadastraux du XIXe siècle, la maison, sans son extension actuelle, épouse parfaitement le volume de la bâtisse située de l’autre côté de l’actuelle rue étroite. Elles pourraient s’imbriquer l’une dans l’autre. Au cours du XIXe siècle, elle est rattachée à la parcelle actuelle. D’après les sources orales, cet espace était planté d’arbres fruitiers il y a quelques années encore.

Un mur à os à Touquin : une production agricole portée par l’architecture vernaculaire
Un mur à os à Touquin : une production agricole portée par l’architecture vernaculaire
Un mur à os à Touquin : une production agricole portée par l’architecture vernaculaire

Il est donc tout à fait vraisemblable que ce pignon, exposé au sud, servait à palisser des arbres avec ces os alignés et très espacés à environ 2m50 de hauteur par rapport au sol.

L’identification archéozoologique à distance réalisée par Jean-Claude LE BLAY a révélé des ossements de cheval (un métapode et un radius) ainsi qu’un fémur et un humérus de mammifères costauds, peut-être du cheval également.

Les os montrent des traces colorées ce qui laisse penser qu’ils ont connu des vicissitudes climatiques ou des traitements indirects.

A priori, les os ayant été laissés en place, le mur n’a pas subi de modification au moment où de mur pignon, il est devenu mur de refend.

Il est par ailleurs fort possible que le percement d’une porte ait allégé l’ancien mur de palissage de quelques os.

Si le croisement des données permet d’attester sans doute possible la fonction des os scellés dans les murs, il est, en revanche, plus compliqué de dater de manière absolue cette pratique sur le mur de Touquin.

Les démolitions et travaux de restauration ont eu raison de ce type d’aménagement finalement très répandu en France. Mais avec un œil averti, il est encore possible de détecter cette pratique comme ce fut le cas il y a peu à MOUROUX ou QUIERS.

Cette carte postale peut animer le mur de Touquin, existant certes, mais, désormais muet.

Vendanges familiales à Presles-en-Brie (Seine-et-Marne) en 1934 [MENON P.-L., LECOTTÉ R., Au village de France, Éditions Amattéis 1993]

Vendanges familiales à Presles-en-Brie (Seine-et-Marne) en 1934 [MENON P.-L., LECOTTÉ R., Au village de France, Éditions Amattéis 1993]

Et ailleurs ?

Dans la commune auboise d’Héloïse et Abélard, le phénomène est devenu patrimonial comme le dit le maire de FERREUX-QUINCEY en parlant de La maison à l’os, rue du Pont Robin. La fonction ici est identique au mur de Touquin, contrairement aux exemples qui suivent et qui concernent l’architecture où les os ne sont pas apparents.

Extraits des Annales des arts et manufactures de J.-N. Barbier-Vémars, Tome 35, n°s 103-105,1810, Paris 1818 (Transcription du texte) :

‘On sait depuis  long-temps que l’emploi du fer dans le scellement des agrafes, qui tient les pierres de taille en parement, a le grave inconvénient de faire éclater ces pierres au bout d’un très-court espace de temps. Cet effet résulte de l’augmentation de volume qu’acquiert le fer en s’oxidant. (…) On a donc pensé avec raison que ces os qui résistent à de grands efforts dans l’emploi de la force des animaux, dont ils sont la charpente, réuniraient pour agrafes la solidité à l’inaltérabilité. Le tibia de bœuf a la longueur et la grosseur convenables, et forme les deux extrémités de queue d’aronde qu’exige l’assemblage.  Après avoir, pour sceller ces agrafes, posé deux pierres de taille, on pratique, sur leur lit supérieur et leur jonction, une mortaise à double queue d’aronde ; cette mortaise est perpendiculaire au joint. On y incruste le tibia, puis on y coule, soit du soufre, soit un mélange de résine et de cendrée. Celui-ci s’emploie le plus ordinairement dans les travaux de la mer.’

L’auteur cite des ouvrages exécutés au XVIIIe siècle à Saint Martin de Ré (l’éperon) et à La Rochelle (un batardeau, l’éperon de la porte des Moulins).

Il précise ensuite que ce type de scellement est ancien et l’illustre avec une corniche fixée avec un mortier et des os de mouton dans le réfectoire médiéval du prieuré de Saint-Martin des Champs à Paris. Située au rez-de-chaussée, la maçonnerie est exposée à l’humidité du lavoir voisin.

Dans la région d’Arras, des constructions en pierre calcaire où les os de mouton, scellés entre deux pierres, étaient noyés dans de la chaux éteinte, ont également été repérées. [DECROIX Philippe, La maison rurale en Artois, Boulonnais, Calaisis- Contribution à un inventaire régional, Collection Les cahiers de construction traditionnelle, Éditions CRÉER 1989].  

Les arguments en faveur de l’os au détriment du fer concernent aussi bien l’utilisation de la pierre tendre dans la maçonnerie que les constructions exposées à l’humidité qu’elle soit locale ou due aux conditions géo-climatiques.

Il faut ajouter que, tout comme l’emploi du végétal, l’utilisation de l’os intervient dans la réparation de maçonnerie et n’est donc pas forcément un élément constitutif d’un bâtiment.

L’os est non seulement un matériau auxiliaire de construction mais c’est aussi une matière première utilisée par l’homme depuis des millénaires comme l’illustrent les artefacts conservés au musée.

D. R.

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Rédigé par D. R. - Société Archéologique de Touquin

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Publié le 23 Juin 2015

Un texte sur les moulins à eau avec illustrations a été publié sur ce site à l’occasion des Journées du Patrimoine de Pays et des Moulins en 2014 : <ICI>

Voici une nouvelle livraison présentée lors des dernières Journées, les 20 et 21 juin 2015.

Moulins à eau, moulins à vent - TOUQUIN et alentours

Sur cet extrait de la carte des Cassini, n’apparaissent que les moulins à eau :

1° sur l’Yerres, d’amont en aval : Grand-Fontaine (ill.), Berneray et Galand

2° sur le Ru Saint-Jean : Chery et Choiseau

Le moulin de la ferme seigneuriale de Grand Fontaine - Plan AN 1772

Le moulin de la ferme seigneuriale de Grand Fontaine - Plan AN 1772

La présence de fontaines justifie le toponyme de la seigneurie dépendant du Chapitre de Notre-Dame de Paris.

Sont visibles également sur ce plan les fontaines qui approvisionnent la rivière Yerres, ce qui est une généralité sur le territoire de Touquin.

Ces moulins, d’origine médiévale, sont encore en activité au moment des levées effectuées par les CASSINI.

En effet, un moulin sur le Ru du Beuvron, au niveau de l’étang de la ferme de la Couture, n’y est plus figuré. Il est, en revanche, porté sur un plan du XVIIIe siècle comme étant en ruine. Ce moulin avait pour fonction de fabriquer de l’huile au profit des Chartreux de Paris du Plessis-Feu-Aussous.

Deux moulins à vent existaient à Touquin.

Le plus ancien, visible sur un plan du XVIIIe siècle de la seigneurie de Grand-Fontaine, se situe sur la route de Touquin à Pézarches.

Vraisemblablement élevé sur une butte artificielle, il n’en reste que la tour circulaire en pierre dans le parc de Malvoisine.

Le moulin à vent de Touquin - Plan du XVIIIe siècle de la seigneurie de Grand-Fontaine

Le moulin à vent de Touquin - Plan du XVIIIe siècle de la seigneurie de Grand-Fontaine

Le deuxième moulin à vent est construit au XIXe siècle et a connu une existence plutôt éphémère.

Non mentionné sur le cadastre napoléonien, il apparait ruiné sur un plan des travaux de drainage à Choiseau en 1881 dans une parcelle de près de 500m² (AD77).

La carte IGN conserve le toponyme "Moulin à Vent" à 107 m d’altitude.

Le moulin à vent de la ferme de Choiseau

Le moulin à vent de la ferme de Choiseau

D.R.

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Rédigé par D.R. - Société Archéologique de Touquin

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Publié le 15 Mars 2015

Parmi les documents liés à l’exposition, certains apportent un éclairage sur l’unification républicaine du pays sous la forme de rappel aux lois du préfet du département aux maires des communes, qu’il s’agisse des cultes ou de l’économie.

1801 : la séparation des cloches et du culte

Un document daté du 26 Floréal An IX (16 mai 1801) et signé du préfet Collin concerne l’encadrement très strict de la sonnerie des cloches exclues de toute manifestation religieuse sous peine d’une sanction d’une année de prison pour le desservant.

TOUQUIN 1814 : documents seine-et-marnais

En vertu des lois de l’An IV, d’une part, les cérémonies religieuses doivent se dérouler dans l’édifice idoine, interdisant de fait toute manifestation dans l’espace public à l’instar des processions. D’autre part, toute publicité de l’exercice d’un culte est formellement prohibée par ces objets liturgiques que sont les cloches.

Les cloches sont intimement liées à l’église et à la communauté. Elles sont bien souvent fondues à l’intérieur même de l’édifice puis baptisées en présence du seigneur du lieu.

Leurs tintements, seul élément sonore de l’Ancien régime, particuliers à chaque paroisse et familiers aux villageois, rythment la vie des habitants, tant dans l’activité quotidienne que lors des offices et fêtes religieuses.

La désacralisation des cloches se fait l’écho de l’article 10 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 et prend tout son sens dans la loi de réquisition d’avril 1792.

Contrairement à des croix que les paroissiens peuvent cacher, les cloches ne peuvent pas être soustraites aux lois révolutionnaires.

À Touquin, en 1793, deux cloches (la grosse et la petite) sont descendues et transportées à Coulommiers pour y être fondues et transformées en monnaies ou en canons. L’église Saint Étienne conserve une seule cloche dite de "sûreté" à l’instar du tocsin (Toque le saint) :

Eglise Saint Étienne de Touquin, la cloche Catherine datée de 1673 (Ph. F. Rigault)

Eglise Saint Étienne de Touquin, la cloche Catherine datée de 1673 (Ph. F. Rigault)

Outre cette fonction d’alerte, la loi autorise les sonneries du matin et du soir encadrant le temps du travail en reconnaissance de la coutume.

Constatant une pratique religieuse de plus en plus ostentatoire, c’est par l’intermédiaire des maires citoyens que le préfet appelle les prêtres à un comportement de réciprocité près de deux ans après le rétablissement de la liberté de culte.

Un contre tous

D’autres documents concernent l’introduction semée d’embûches de nouveaux poids et mesures. L’idée n’est pas nouvelle et des travaux débutent avant la Révolution à l’Académie des Sciences de Paris.

Deux lois, celle du 1er juillet 1794 et la deuxième du 7 avril 1795, instaurent le système métrique décimal qui doit remplacer les quelque 800 mesures en usage dans le pays.

Un arrêté du Directoire exécutif du 16 juillet 1799 s’adresse aux citoyens des douze Départements circonvoisins de Paris où les nouveaux poids et mesures ont déjà cours. Il est signé par Sieyès, Président du Directoire exécutif, par le futur préfet de Seine-et-Marne, Lagarde, ainsi que par Quinette et Aubin.

TOUQUIN 1814 : documents seine-et-marnais

Dans un premier temps, un constat établit les difficultés d’application des lois. En effet, les lois stipulent une distribution gratuite de mètres aux marchands en gros et en détail sédentaires et ambulants ainsi que des tableaux de comparaison. Or, les finances ne suivent pas et les tableaux ne sont pas prêts.

Une échéance du passage de l’aune, de la perche, de l’arpent et de la toise au mètre est fixée au 1er Vendémiaire de l’An VIII, le 23 septembre 1799.

À cette date, les marchands devront être en possession d’un mètre après avoir, munis de leur patente, remis en mairie toutes les anciennes mesures. Les Autorités doivent également délivrer l’affiche portant le rapport de l’aune du Département en mètre.

Il est rappelé à tous que l’enregistrement des mesures républicaines est obligatoire sous peine d’amende ou de sanction plus grave. L’obéissance à la loi nécessite une inspection à la charge de chaque mairie. Un citoyen, placé sous l’autorité du ministre de l’Intérieur, y est désigné. Il est convenu que ce citoyen percevra une indemnité proportionnelle à la charge du travail.

TOUQUIN 1814 : documents seine-et-marnais

Le 24 octobre 1806, dans une lettre aux maires du Département, le préfet Lagarde se livre à un réquisitoire contre quelques maires et commissaires de police accusés de négligence coupable. Il s’appuie sur les rapports de l’inspecteur des poids et mesures accusant beaucoup plus d’autorités municipales que ne le laisse supposer le début de sa lettre.

Plutôt que de prévenir la fraude en surveillant les marchands, les maires délèguent les amendes aux tribunaux.

Pire ! Ils préviennent les contrevenants du passage de l’inspecteur devenant de la sorte ‘ennemis de leurs administrés’.

Le préfet exhorte les Autorités locales à se procurer des étalons en cuivre, un mètre, un litre, un décalitre et une série de poids sous huitaine tout en insistant sur le fait qu’il ne souffrira d’aucune entorse à la volonté impériale.

Après un revirement dérogatoire en 1812, le seul système métrique s’impose à tous en 1840. À cette date, le système a déjà dépassé les frontières de la France avec le gouvernement napoléonien de la première décennie du XIXe siècle en Europe.

Les mérinos en Brie, un état de 1810

C’est sur un ton beaucoup plus doucereux que Joseph-Jean Lagarde, préfet de Seine-et-Marne pendant près de dix ans, s’adresse aux maires qu’il ‘salue affectueusement’.

Le 1er septembre 1810, Lagarde transmet une demande du ministre de l’Intérieur pour l’évaluation des progrès de l’économie agricole. La fiche à renseigner jointe Sur la pâture et le nombre de bestiaux existans dans la commune et sur l’importance des fermes qui s’y trouvent doit être envoyée dans un délai de un mois.

Lagarde insiste tout particulièrement sur le recensement du cheptel ovin qui devra faire l’objet d’une note sur l’évolution quantifiée des mérinos et l’état des laines résultant des croisements.

En l’absence de cette note (a-t-elle été rédigée ?) et en fonction de la lisibilité des chiffres portés à l’encre, les résultats de cette commune rurale du nord-est de Coulommiers montrent une bonne reproduction expliquant l’importance du troupeau ovin, dépassant le millier, sans connaître toutefois la nature des animaux, mérinos, métis ou races communes.

L’introduction des mérinos dans le royaume et plus spécialement en Brie, prisés pour la qualité de la laine, a déjà plus d’une trentaine d’années en 1810.

La progression des sciences en général, agronomiques en particulier au cours du XVIIIe siècle conjuguée à un ministre (Turgot) conquis par les réussites dans les manufactures textiles contribuent à l’établissement de quelques mérinos à Montigny-en-Brie (Montigny- Lencoup) sur le domaine de Philibert de Trudaine dans les années 1770.

La présence de l’espèce est de surcroît favorisée par Henri-Alexandre Tessier, médecin et agronome, directeur de la ferme royale de Rambouillet en 1786 et propriétaire d’un domaine à Beton-Bazoches.

En 1806 et en 1807, d’importants troupeaux sont introduits à Chessy, à Coupvray et à Villeparisis alors que le mérinos est déjà implanté par achat de quelques têtes et acquisitions par réseaux.

Ce dernier cas est illustré par les Montesquiou à Saints (ferme du château de la Tour ?) et La Fayette au château de la Grange Bléneau.

La Mare aux canards  (MBA de Troyes)

La Mare aux canards (MBA de Troyes)

Focale du tableau d’Hector PRON, peintre champenois du XIX e siècle auquel est attribuée une peinture d’un paysage à Touquin.

Bien que toutes les informations demandées ne soient pas renseignées, il est néanmoins possible d’envisager le fonctionnement du terroir de la commune. Il s’appuie sur l’unité agricole moyenne à une ‘charue’, à plus de 60%, soit une quarantaine d’hectares par ferme exploitée en faire-valoir indirect. Le cheptel vif est composé de chevaux, employés à la traction et d’un nombre limité de bovins, rapport de 1 pour 10 avec les ovins.

Il est bien évident que les raisons de cette enquête sont guidées non seulement par la connaissance de la capacité productive d’un pays agricole mais également par les besoins militaires avec la nécessité d’assurer la monture, la viande, le textile et le cuir.

Les aspects militaires et notamment le décès de Claude JANIN à Touquin seront abordés une prochaine fois.

D.R.

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Rédigé par Société Archéologique de Touquin

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Publié le 23 Juillet 2014

Touquin_Fouille_voie antique (2011)
Touquin_Fouille_voie antique (2011)

Au moment où s'ouvre le nouveau chantier de l'été 2014, faisons le point sur le chantier de Villarceaux : vous pouvez télécharger ci-dessous un compte-rendu résumé de cette opération qui s'est poursuivie sur trois saisons.

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Rédigé par Société Archéologique de Touquin

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Publié le 28 Avril 2014

« Je vivais de la vie de ces hommes, morts il y a si longtemps ».

Édouard PIETTE

Au XIXe siècle, Napoléon III, passionné d’archéologie, désencombre le château de Compiègne de vestiges anciens et les installe au château de Saint-Germain-En-Laye, qui devient, dès lors, le musée d’archéologie nationale.

Au centre du château, une des plus belles collections d’objets préhistoriques réunis par un archéologue passionné : Édouard PIETTE (1827-1906)

En 1856, la découverte de l’Homme de Neandertal et la publication d’ouvrages comme celui de Darwin, L’Origine des Espèces, bouleversent les dogmes. Douze ans plus tard, c’est l’Homme de Cro-Magnon qui fait son apparition en Dordogne, une révélation pour Piette.

Une épopée archéologique.

Affaibli par la maladie, il part en cure dans le Sud de la France où, fasciné par les montagnes, il cherche les traces des anciens glaciers et des amas de calcaire. Ces derniers laissent filtrer l’eau et forment peu à peu des cavités où pouvaient s’installer les hommes préhistoriques.

Ainsi, Édouard Piette découvre des objets très anciens et récupère le moindre petit éclat de matière organique. Pour officialiser ses découvertes il se rend à Paris devant l’Académie des Sciences qui reconnait ses qualités de fouilleurs mais reste méfiante devant les interprétations de l’archéologue.

L’art mobilier et les capacités de sculpteurs sont reconnus, mais les scientifiques du XIXe siècle restent persuadés que l’Homme préhistorique reproduit fidèlement ce qui l’entoure, sans imagination. Edouard Piette est le seul à croire en cet art des cavernes, il veut prouver que l’Homme primitif est un artiste.

Le Mas d’Azil.

En 1887, il entreprend de fouiller en Ariège dans un tunnel naturel creusé par la rivière. Il découvre des pièces magdaléniennes, des galets peints aziliens, et parmi d’autres, un crochet de propulseur en ronde-bosse, gravé de trois têtes de chevaux qui différencient les trois âges de la vie, le cheval jeune, adulte et décharné [photo 1]. Grâce aux divers objets associés, Piette atteste une période de transition entre le Paléolithique et le Néolithique, il démontre la continuité entre la Préhistoire et aujourd’hui.

Mais c’est en 1894 qu’il fera la découverte du chef-d’œuvre le plus connu de sa collection : La Dame à la Capuche. Trouvée dans la grotte de Brassempouy, dans les Landes, cette sculpture en ivoire de mammouth ne mesure que trois centimètres, pour un âge de près de vingt-cinq mille ans [photo 2]. Cette découverte exceptionnelle reste, à ce jour, le plus ancien portrait connu. Piette endosse le titre de l’archéologue qui a donné un visage à la préhistoire.

Une collection exceptionnelle.

L’histoire de la collection Piette repose sur une donation de l’archéologue de près de dix mille objets visibles en salle, tandis que quatre à cinq fois plus de vestiges se trouvent encore dans les réserves. Le Musée d’Archéologie Nationale et les descendants d’Édouard PIETTE respectent l’ultime souhait de ce pionnier de la préhistoire en exposant au public sa collection.

Edouard Piette fut l’un des premiers archéologues à reconnaître l’homme préhistorique en tant qu’artiste, à lui donner des capacités intellectuelles esthétiques et à ne plus en faire un homme sauvage et primitif.

Charlotte COUENON

Remerciements au Musée d’Archéologie Nationale pour cette visite passionnante.

Sources : Un soir au musée : Un visage pour la préhistoire ou l’aventure de la collection Piette, Documentaire, France 5, 2008.

Sources Images : http://www.spectacles-selection.com/archives/expositions/fiche_expo_S/saint_germain_salle_piette/salle_piette_visuels.htm

Documentation sur la préhistoire : http://www.hominides.com/

Cette sortie était organisée par le PAAC-Archéologie et vous pouvez retrouver cet article sur ce blog.
Visite de la salle PIETTE au Musée d’Archéologie Nationale.
Visite de la salle PIETTE au Musée d’Archéologie Nationale.

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Rédigé par Charlotte COUENON - SAT

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Publié le 7 Avril 2014

Les journées du patrimoine de pays et des moulins, les 14 et 15 juin 2014

Le programme des Journées sera disponible en mai.

Les Moulins…au milieu du gué

Mû par une énergie renouvelable liée aux aléas climatiques, le moulin accompagne la main d’œuvre musculaire pendant des siècles. Il représente un tel enjeu que les conflits d’intérêts entre seigneurs ont produit de nombreuses archives. Marqueur de la croissance économique et démographique, il suscite, dans le cadre de l’autorité seigneuriale, bien des défiances paysannes.

Sur l’Yerres, au XVIIIe siècle, le moulin de Grand Fontaine (commune de Touquin) avec le canal d'amenée, la roue et le sauvoir est une possession du chapitre de l’église Notre Dame de Paris.

Toujours sur l’Yerres, au XVIIIe siècle, le moulin de Barneret, (toponyme venant du mot ‘ban’, signifiant le pouvoir de commandement, royal et seigneurial). Au début du XVIIe siècle, dans un arrêt du Parlement de Paris sur le partage des pouvoirs seigneuriaux entre Grand Fontaine et le seigneur de Touquin, Jean de Lenharé, les droits sur la rivière sont strictement délimités et le moulin de ‘Berney’ ne souffre d’aucune concession au seigneur de Grand Fontaine.

À partir du XIX e siècle, le moulin est peu à peu supplanté par des forces nouvelles dans un contexte de développement urbain. Réduit à l’abandon, amputé de sa roue, condamné à la démolition, son bief est asséché, nivelé et ensemencé. Qui se souvient des nombreux moulins de Saints, commune voisine de Touquin, jalonnant la rivière de l’Aubetin : la Roulotte, Grognart, Mussien, Planche-Oudin, au seigneur de Touquin, Nouveau, Maingerard ? D’environ 100 000 au début du XIXe siècle, leur nombre est de 3500 aujourd’hui et le moulin de Nesles est de ceux-là.

Mais une nouvelle menace les voue peut-être à leur disparition définitive. Il s’agit de la restauration des continuités écologiques qui consiste à araser tout obstacle à la circulation des eaux et des poissons à l’horizon 2017. La responsable de la publication d’OYET, Malou Schlosser, a accepté de publier sur le blog de la SAT son article sur le moulin de Nesles. Vous pouvez le télécharger ci-dessous.

Bonne lecture !

Dominique ROBERT
Sur l’Yerres, au XVIIIe siècle, les moulins de Grand Fontaine et de Barneret.
Sur l’Yerres, au XVIIIe siècle, les moulins de Grand Fontaine et de Barneret.

Sur l’Yerres, au XVIIIe siècle, les moulins de Grand Fontaine et de Barneret.

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Rédigé par Société Archéologique de Touquin

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Publié le 28 Décembre 2013

Philippe est adhérent à la SAT et habitant de Dammartin-sur-Tigeaux.

Il est membre du groupe Histoire et Patrimoine de l’Association ‘Dammartin-Animations’ et l’un des auteurs de ce livre qui présente l’histoire et le patrimoine architectural, les souvenirs des anciens et les traditions ainsi que la vie des associations de la commune.

Des points communs existent bien entendu entre cette commune et celle de Touquin et notamment, au Moyen Âge, avec la présence du prieuré de la Celle sur leurs territoires paroissiaux.

Le livre est en vente jusqu'au 31 décembre au prix de 25 € puis de 28 € en 2014.

Vous pouvez vous rendre sur le site http://www.dammartinsurtigeaux.org/actualite.html pour le commander.

La SAT a acheté cet ouvrage et il est à votre disposition dans notre bibliothèque d'association.

(Voir le site de Dammartin-sur-Tigeaux)

(Voir le site de Dammartin-sur-Tigeaux)

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Rédigé par Société Archéologique de Touquin

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Publié le 30 Juin 2013

En 2011 et 2012, la voie dite de Meaux à Melun et un bâtiment à galerie de façade ont fait l’objet d’opérations d’archéologie programmées autorisées par la DRAC d’Ile-de-France. Ces opérations s’inscrivent dans les objectifs de l’association pour l’établissement de la carte archéologique sur une micro-région située à la frontière entre Meldes et Sénons et pour l’étude d’un territoire avec son réseau de voies et les sites qui s’y rattachent : habitats, agglomérations ou établissements ruraux.

Les opérations 2011 et 2012 avaient pour but de reconnaître les vestiges encore conservés sur le terrain et de documenter un tronçon de voie d’axe nord/sud, diverticule de la Via Agrippa. Cet axe permettrait de joindre sur un parcours court Iatinum (Meaux), cité des Meldes et Metlosedvm (Melun) agglomération de la cité des Sénons.

Pour lire le compte-rendu de ces deux saisons de fouilles sur le chantier de Villarceaux, télécharger le document ci-dessous :

Villarceaux, vue aérienne d'ensemble, chantier 2012 (crédit photo : Photo-cerf-volant).

Villarceaux, vue aérienne d'ensemble, chantier 2012 (crédit photo : Photo-cerf-volant).

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Rédigé par Société Archéologique de Touquin

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